Amid Faljaoui : “Un retour à la normale de l’inflation est prévu en 2024”

Amid Faljaoui : “Un retour à la normale de l’inflation est prévu en 2024”

03/02/2023 - Communication publicitaire Fintech & Marché

Directeur de magazines, entrepreneur, chroniqueur radio, conférencier… Amid Faljaoui est au cœur de l’actualité économique et financière. Ses rencontres et interactions quotidiennes avec les leaders économiques, les banques, les entrepreneurs complétées par la lecture de rapports et articles lui permettent d’avoir une vision à 360° de la sphère économique qui nous entoure. Il a accepté de répondre aux questions de Look&Fin pour nous apporter son éclairage sur l'évolution des sujets qui nous animent : inflation, hausse des taux ou bien encore l’immobilier. 

Flambée des coûts, hausse des taux… en quoi la crise économique que nous traversons est différente de celles que nous avons pu traverser depuis les 20 dernières années ?

Les deux dernières grandes récessions économiques que nous traversons, nous les avons créées nous-mêmes ! C’est effectivement la grande différence par rapport aux crises financières que nous connaissons depuis l'éclatement de la bulle internet en 2000.

Le chef d’entreprise de 45-50 ans n’a pas eu la tâche facile ces 20 dernières années. Cette bulle internet de 2000 a été suivie de près par les attentats du World Trade Center en 2001. Puis, ce fut la crise des subprimes en 2008, la crise de la dette publique en 2012.

Mais en 2020, quand est arrivé le Covid, c’est nous, enfin les gouvernements, qui avons décidé de mettre en pause les activités pour faire passer la “Vie” avant l'économie. La peur du Covid passée, la déclaration de guerre de la Russie à l'Ukraine est arrivée. Le monde entier a alors découvert que l’Ukraine avait un vrai rôle économique et les pénuries de certaines matières premières se sont fait sentir rapidement, accélérant l'inflation.

En parallèle, la réaction des gouvernements a été de mettre en place volontairement un embargo sur la Russie et d'interdire tous les produits raffinés, un choix qui a mené à la crise des énergies que nous connaissons.

L'économie, c’est de la psychologie. C’est une science sociale où les prévisions exactes n’existent pas. Les économistes peuvent faire de nombreuses prévisions, mais anticiper les réactions des gouvernements, qui choisissent de faire passer certaines convictions avant l'économie, est essentiel. Et sur ces 2 dernières crises les chefs économistes dans les banques centrales ne l’avaient pas anticipé. 

Notre manière de penser est en pleine évolution, que ce soit en matière d’analyse et de prévisions économiques mais aussi en termes de business. Aujourd’hui, faire des perspectives de business à 5 ans n’est peut-être plus la seule bonne manière de se projeter. C’est ce qu’a rappelé le fondateur d’Amazon, Jeff Bezos, à qui on a posé cette question lors d’une réunion avec ses actionnaires. Bezos a indiqué que la bonne question à se poser devrait plutôt être : “qu’est ce qui ne va pas changer dans mon business les 5 prochaines années ?” Bref, quels sont les inconvénients ?

2022 restera synonyme du mot inflation, et l’année 2023 comment va-t-elle évoluer ?

L'inflation restera le mot clé de l'année 2022 et le mot clé de 2023 sera récession.

Selon les économistes, fin 2023 sera marquée par un retour à la normale en termes d'inflation. Nous attendons une inflation aux alentours de 4,4% en 2023 et un retour à la normale de l’inflation en 2024 avec un taux prévu de 2,4%. Ce qui voudrait dire que l’inflation à fin 2023 serait divisée par 2 ou 3 si l’on compare à celle de 2022 qui fut de 10 - 11%. 2023, selon les économistes, sera donc une année blanche, une année de transition.

Le FMI voit qu’une bonne partie de l’Europe serait en récession en 2023, mais au final ce ralentissement pourrait être une bonne chose. Pourquoi ? Car une demande en baisse ramène à une inflation plus modérée. 2023 pourrait donc être considéré comme une année d’atterrissage en douceur. 

On peut noter cependant, qu’en définitive, l'économie européenne est assez résiliente. Il y a une demande qui reste soutenue malgré l’inflation, les entreprises continuent à rechercher des fonds pour se développer, le taux de chômage est au plus bas depuis 2023, les ménages ont de l’épargne…

On parle beaucoup du boulanger qui souffre du coût de l'énergie alors qu’à l’inverse on parle peu de l’industrie automobile qui se porte bien en termes de rentabilité, malgré les hausses de coûts qu’elle subit au même titre que les autres secteurs économiques. Les grandes banques belges ont toutes réalisé des résultats exceptionnels à l'exception d’ING, pas de défaillance chez les entreprises ou au niveau des crédits hypothécaires des particuliers. Les entrepreneurs ont par ailleurs actuellement des problèmes de recrutement et leurs carnets de commandes sont pleins.

Concernant les ménages, l’analyse est plus complexe. On sait que leur priorité sera avant tout, justement, de rembourser le crédit de leur maison. Ils vont donc serrer la vis sur d’autres postes de consommation moins essentiels, sauf, sans doute, les vacances. 

Par ailleurs, il ne faut pas oublier que l’indexation automatique des salaires pèse sur la compétitivité des entreprises belges mais que celle-ci permet aussi de préserver le pouvoir d’achat des ménages. 

La France, n’a pas cette problématique d’indexation mais les entreprises doivent faire face aux pressions syndicales et à la guerre des talents. Si les entreprises ne rémunèrent pas suffisamment ses talents, ceux-ci risquent de partir à l’etranger.

Comment les taux d’intérêts vont-ils évoluer ?

Avant le début de la guerre en Ukraine, il y avait déjà un rebond de l’inflation mais cette guerre l’a accéléré. Bien que cette inflation existait, les économistes des banques centrales continuaient à dire qu’il n’y aurait pas d’inflation ou si celle-ci arrivait, qu’elle serait temporaire. Il s’est avéré que l’inflation s’est installée et ce fut la panique. Beaucoup de personnes qui travaillent sur les marchés ont  la trentaine et n’ont jamais connu l’inflation, ils ne savent donc pas ce qu’il faut faire.

La seule solution pour lutter contre l’inflation, c’est de monter le taux d'intérêts. La FED a été la première à le faire et les banques centrales ont suivi

La FED a procédé à 4 hausses consécutives de 0,75%. Du jamais vu depuis les années 80. Une hausse normale de taux tourne généralement autour de 0,25%.

Pour les prochaines étapes, les économistes parlent de pivot et plus précisément de 4 pivots. 

1 - le premier a déjà eu lieu, l’inflation. Il semblerait que ce pic d’inflation soit derrière nous, en particulier aux USA. La baisse des matières premières, du fret maritime… en sont des exemples.

L'inflation devrait être divisée par 2 en 2023, mais reste importante avec des taux autour de 4,5 %. 

2 -  Second Pivot, la FED va continuer à relever ses taux mais à un rythme plus faible. Sont prévus 2 hausse au premier trimestre 2023, à 0,25%. Plus de hausse brutale et fréquente. En Europe, on estime que la hausse des taux prendra fin au premier semestre. Les hausses de taux attendues au premier semestre seront aux alentours de 0,50%. 

3 - Troisième pivot, ce sera la fin de l’augmentation des taux, sans doute au second semestre 2023. En bref, on va arrêter de remonter les taux.

4 - Enfin, quatrième pivot, si tout va bien en 2024 et si l’inflation a baissé, on pourra commencer à baisser les taux d'intérêt.

Il faut rappeler que l’inflation aux Etats-Unis a surtout été liée à la demande alors qu’en Europe, l’inflation est liée principalement aux énergies.

Il n’est cependant pas question pour l’instant d’envisager de revenir à des niveaux d’avant crise avec une inflation à taux zéro ou presque. Le ralentissement de l’économie permettra avant tout de ralentir l’inflation.

L'autre élément à surveiller sera le redémarrage de  la croissance chinoise. Celle-ci sera une variable déterminante, car la Chine a été la locomotive de la croissance mondiale. Ces 3 dernières années, sa politique de zéro covid, de confinements stricts a provoqué des ruptures dans les chaînes d’approvisionnements au niveau mondial. Le nouveau président chinois a une vision plus politique de l'économie mais avec un taux de croissance à 3%, le parti communiste chinois pourrait être menacé. Cette politique de “la vie avant tout” (fermeture des villes pour cause de Covid) vient d'être remplacée par celle de l’économie puisqu’on ré-ouvre l’économie et lève les restrictions sanitaires, malgré plus de 35 millions de personnes contaminées par jour, et beaucoup de morts ! La Chine a donc choisi de réactiver sa croissance et va jouer un rôle de relais de croissance important pour l'économie mondiale. Mais là encore, c’est à surveiller car ce redémarrage en force, va nécessiter beaucoup de matières premières et pourrait provoquer un nouveau cycle d’inflation. 

L’immobilier est un secteur phare proposé par Look&Fin, quelles sont les perspectives de ce marché ?

Le marché belge se montre à nouveau résilient. Les prix de l’immobilier continuent d’augmenter, mais moins que l’inflation. Nous ne sommes jamais à l'abri d’un affolement de marché en fin d'année avec des prix qui s’emballent dans un sens ou un autre. Cela fait 20 ans qu’on annonce un crash en Belgique qui ne s’est jamais produit. Culturellement le Belge a une brique dans le ventre et l’immobilier est un marché de propriétaires. Ce ne sont pas les investisseurs qui “drivent” ce marché. Les dernières études montrent aussi que le marché belge n’est pas trop surévalué.

Les Belges sont plutôt pour des achats à taux fixes mais les prêts variables en Belgique sont garantis à la hausse ou baisse, une variabilité encadrée qui permet aussi au marché de résister à l’inverse de certains pays comme la Grande-Bretagne.

De plus, l’offre en Belgique reste encore assez contrainte, notamment avec le problème de délivrance des permis de construire. Il y a une vraie carence de logements à Bruxelles par exemple. Tout cela maintient les prix à la hausse.

L'indexation des salaires permet aussi de maintenir le pouvoir d'achat des ménages, et donc de continuer à avoir des acheteurs sur ce marché. L’immobilier belge est décidément résilient.

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