La relance économique en Flandre selon Hilde Crevits, ministre flamande de l'Économie, de l'Emploi, de l'Économie sociale et de l'Agriculture.

La relance économique en Flandre selon Hilde Crevits, ministre flamande de l'Économie, de l'Emploi, de l'Économie sociale et de l'Agriculture.

17/06/2021 - Communication publicitaire Financement entreprise Placement Fintech & Marché Lookandfin

"Je voudrais lancer un appel spécifique aux entrepreneurs qui vivent encore une période très difficile, tant au niveau financier que psychologique : accepter notre aide".

Hilde Crevits, Ministre de l’Economie en région flamande, a accordé une interview exceptionnelle à Look&Fin. Retrouvez ses réponses à nos questions au grand complet à la suite cette brève synthèse récapitulant les principales actions et messages de la Ministre.

#1 - 190.000 entreprises flamandes ont déjà reçu environ 2,3 milliards d'euros de soutien. Le Gouvernement flamand a agi en mettant en place ou adaptant différentes mesures de soutien aux entreprises flamandes :

  • aide corona forfaitaire;

  • primes de soutien;

  • primes dites de “nuisances” et de compensation;

  • mécanisme de protection flamand avec des allocations couvrant 10 ou 15% des coûts fixes des entreprises;

  • mesure de protection supplémentaire “globalisation corona”;

  • avances remboursables pour l’événementiel (combinaison prêt /assurance);

  • prêts subordonnés, garanties, prêts de démarrage fournis sur la base des prêts et des garanties corona en partenariat avec Gigarant NV et PMV;

  • élargissement du winwinlening et vriendenaandeel.

#2 - La Région flamande prévoit d’injecter pas moins de 4,3 milliards d’euros
pour soutenir ses entreprises
dans le cadre du Vlaamse Veerkracht'. 650 millions d'euros sont prévus dans les domaines de l'innovation, de l'environnement, de la digitalisation et de la santé.

#3- La mobilisation de l'épargne était un facteur essentiel pour la reprise économique. Le crowdlending en fait partie.

#4 - La ministre lance un appel spécifique aux entrepreneurs qui vivent encore une période très difficile d’accepter l’aide de la région. VLAIO travaille en étroite collaboration avec Dyzo vzw. Leur métier est d'accompagner les entrepreneurs en difficulté en leur proposant des services sur mesure. 

 

PME : Je veux obtenir un crédit winwinlening

Investisseurs particuliers : Je veux prêter mon épargne à un winwinlening

 

Interview

Look&Fin : En tant que ministre flamand du Travail et de l'Économie, vous avez réagi rapidement pour aider les entreprises flamandes pendant la crise actuelle. Pouvez-vous revenir sur les principales mesures que votre cabinet a prises pour soutenir les PME ?

Hilde Crevits : Au début de la crise corona, nous avons dû prendre des mesures très rapidement pour empêcher la propagation du virus. Cela s’est traduit par l’arrêt soudain d’une grande partie de notre vie économique. Des entreprises ont dû fermer leurs portes, subir de lourdes pertes en termes de chiffre d'affaires. Par nécessité, nous avons donc commencé avec l’aide corona forfaitaire, les primes dites de “nuisances” et de compensation ainsi que les primes de soutien.

Après cela, nous sommes passés le plus rapidement possible aux aides basées sur le chiffre d’affaires. Ainsi, depuis août 2020, nous avons pu travailler beaucoup plus étroitement avec le « mécanisme de protection flamand ». Grâce à celui-ci, nous fournissons des allocations couvrant 10 ou 15% des coûts fixes pour ceux qui sont fermés ou qui ont de lourdes pertes de chiffre d'affaires. Nous gardons toujours un œil attentif sur l’évolution des secteurs mais nous constatons que de moins en moins d'entreprises ont droit au mécanisme de protection flamand. C'est bon signe, car cela signifie que notre économie se redresse. Le mécanisme de protection flamand est donc en train de disparaître petit à petit de lui-même. La phase d'accompagnement direct de ma politique de relance touche ainsi progressivement à sa fin.

Une autre mesure de protection supplémentaire a été définitivement approuvée par le Gouvernement flamand il y a quelques mois, le 26 février dernier : le mécanisme de “globalisation corona”. Il s'agit d'une protection pour les entreprises qui ont enregistré une baisse de leur chiffre d'affaires d'au minimum 60 % sur la période du 1er avril 2020 au 31 décembre 2020 et qui ont subi une perte comptable à cause des mesures prises contre le coronavirus et qui n'avait pas encore été compensée par les aides reçues. 

Beaucoup de nos entreprises ont en effet clôturé l’année 2020 avec une lourde perte et nous savions déjà qu'une protection supplémentaire serait nécessaire dans les semaines et les mois à venir. Dans ce cas, l'Europe permettra au gouvernement d'intervenir pour combler les pertes importantes des entreprises saines sur les secteurs les plus durement touchés. C'est pourquoi le Gouvernement flamand a décidé d’implémenter un mécanisme de globalisation avant 2020.

Nous avons également été à la rencontre des secteurs les plus durement touchés pour pouvoir apporter des solutions sur mesure. Il suffit de penser au prêt de redémarrage, pour le secteur de la mode, entre autres. Pour le secteur événementiel, nous avons mis en place des avances remboursables. Cette dernière mesure est en fait une combinaison d'un prêt et d'une assurance, avec laquelle nous couvrons en partie le risque lié à l'organisation d'un événement dans un contexte encore incertain. De cette façon, nous offrons aux organisateurs plus de clarté et de certitude. Vous n'organisez pas un événement du jour au lendemain, ces derniers peuvent démarrer leur organisation avec des avances remboursables. Si l'événement devait néanmoins être annulé pour des raisons sanitaires liées au Corona, l'avance ne doit pas être remboursée. Si l'événement peut avoir lieu, l'acompte sera simplement remboursé par l'organisation. Un bel exemple de collaboration “gagnant-gagnant”.

Cela fait donc beaucoup de mesures de soutien aux entreprises flamandes ! Au total, 190.000 entreprises ont déjà reçu environ 2,3 milliards d'euros de soutien. Il s'agit d'un soutien direct par le biais de primes et de protections. C'est une somme énorme, certes, mais c'était la bonne approche. Ces mesures de soutien ont fonctionné, comme le montrent déjà diverses études. Je prévois moi-même une analyse d'impact indépendante.

Enfin, via Gigarant NV et la Participatiemaatschappij Vlaanderen (PMV), un soutien financier supplémentaire a également été fourni sur la base de prêts et de garanties corona. De cette manière, les grandes entreprises comme Kinepolis ou les start-up technologiques pouvaient également compter sur un tampon financier pour combler la période de leur fermeture. Par exemple, un total de 190 millions d'euros a été alloué aux prêts corona. PMV a également déjà accordé 1 246 prêts de bail commercial, d'un montant de 16 millions d'euros, en collaboration avec VLAIO, pour aider les entrepreneurs à payer leurs importants coûts fixes durant la crise.

La première phase de ma politique de relance, la phase d'accompagnement direct, touche donc désormais progressivement à sa fin. Il est alors important, maintenant que nous assouplissons les mesures, qu'il soit soigneusement contrôlé quel soutien est encore nécessaire pour nos entrepreneurs et nos salariés. 

Il y a 3 phases dans ma politique de relance, qui se sont chevauchées tout au long de la crise. La première phase était une phase d'aide d'urgence, de soutien direct, pour amortir l'arrêt brutal de l'activité économique. La deuxième concerne le redémarrage des entreprises avec des financements flamands, afin d'augmenter la solvabilité des entreprises. La troisième et dernière phase est la relance dans laquelle nous investissons dans des projets durables et innovants. Nous arrivons maintenant à un point où nous n'offrons plus qu’une protection très ciblée aux entreprises qui ressentent encore un fort impact liés aux mesures restrictives. La phase de financement a déjà commencé, il suffit de penser aux prêts subordonnés, aux garanties, au prêt de redémarrage, à l'élargissement du prêt Winwin et le “vriendenaandeel”. Après la crise, nous serons à 100% sur le sujet de la relance.

 

Look&Fin : Après la crise, c'est l’heure de la reprise économique pour nos entreprises. Comment voyez-vous cette relance et quelles initiatives sont envisagées par le Gouvernement flamand ?

Hilde Crevits : Le Plan de relance est le troisième volet de ma politique de relance et est le résultat du plan de relance flamand 'Vlaamse Veerkracht'. La COVID-19 a durement touché la Flandre, c'est pourquoi nous allons investir pas moins de 4,3 milliards d'euros pour restaurer notre économie et notre prospérité, dans l'intérêt de chaque Flamand. Un projet ambitieux. Dans le cadre de mon action “Économie, science et innovation”, 650 millions d'euros du plan de relance « Vlaamse Veerkracht » iront à des initiatives dans le domaine de l'innovation, de l'environnement, de la digitalisation et de la santé. Cela va accélérer notre économie et favoriser sa croissance. Avec ces 650 millions, nous devons innover pour sortir de la crise et nous investirons davantage dans les infrastructures de recherche, les parcs d'activités et le renouvellement de nos cœurs commerciaux. De plus, nous travaillons sur la digitalisation, afin d'aller de l'avant numériquement et de fournir à chaque Flamand les compétences numériques nécessaires. Nous investissons également dans l'innovation pour des projets durables. Par exemple, nous voulons faire de la Flandre une région de premier plan en matière d’hydrogène, nous allons y investir 125 millions €. Et enfin, nous voulons une économie de la santé plus forte, c’est aussi une partie importante du plan de relance. La crise du corona a plus que démontré l'importance d’avoir un très bon système de santé. Avec l'innovation, nous devons renforcer notre système de santé et la qualité des soins en Flandre post-COVID.


 

Look&Fin : On parle souvent d'activer l'épargne dormante des ménages belges pour soutenir notre économie. Vous avez déjà agi avec PMV pour élargir le dispositif du Winwinlening. Voyez-vous déjà des résultats ?

Hilde Crevits : Les Flamands sont des travailleurs acharnés et de grands épargnants. L'activation de l'épargne dormante était une partie importante des quatre volets pour la reprise de notre économie - le «trèfle à quatre feuilles» - que j'ai proposé en juin 2020 avec le Fonds de protection sociale, l'augmentation de la capacité de garantie régionale, les prêts corona et l’élargissement du “Winwinlening” et le “vriendenaandeel”. 

Avec PMV, nous avons immédiatement commencé à travailler sur le Winwinlening et le “vriendenaandeel” C’est un énorme succès qui a dépassé toutes les attentes ! Aujourd'hui, plus de 63,5 millions d'euros de Winwinlening ont déjà été accordés en 2021 (chiffres au 1er juin 2021), plus que toutes les années précédentes, à l'exception de 2020, où nous avions enregistré un record de plus de 100 millions € de Winwinlening. Nous sommes donc en route vers un nouveau record. 

J'y vois un signe de solidarité avec nos entrepreneurs. Il est très appréciable de voir qu'il existe une forte volonté de la part des Flamands de donner un coup de pouce aux entreprises de leur région que ce soit celles de leurs amis ou de leurs familles.

Les changements que nous avons opérés avec PMV en octobre 2020 portent leurs fruits. Par exemple, il y a eu la réforme de la durée du Winwinlening, qui, à l’origine, était de 8 ans. Aujourd’hui la durée peut être librement choisie entre 5 et 10 ans. En 2021, on constate que plus de 4 prêts Winwin sur 5 sont structurés pour une durée autre que 8 ans. Le plafond des prêts Winwin a également été relevé pour les prêteurs de 50.000 à 75.000€. Près de 25% des prêts Winwin octroyés en 2021 sont d’un montant supérieur ou égal à 50.000€ !


 

Look&Fin : Que pensez-vous du crowdlending, où les particuliers sont incités à prêter leur épargne à des entreprises belges ?

Hilde Crevits : Afin d'apporter une réponse aux conséquences économiques de la crise Corona, le Gouvernement flamand a mis en place divers mécanismes. Notre fameux «trèfle à quatre feuilles». 

J'ai tout de suite fait comprendre dès juin 2020 que la mobilisation de l'épargne était un facteur essentiel pour la reprise économique et qu’il serait vraiment dommage de laisser ce potentiel inexploité.

Le crowdlending donne aux particuliers la possibilité d'investir « localement », au lieu, par exemple, d'acheter des actions en bourse et d'investir ainsi dans une entreprise étrangère avec laquelle vous avez peu de liens.  Le crowdlending favorise aussi l'entrepreneuriat. En investissant en tant qu'ami, famille ou prêteur local, vous devenez un peu co-entrepreneur. C'est pourquoi j'ai également pris des initiatives telles que l’ouverture du prêt Winwin pour les organisations à but non lucratif ou bien encore l'élargissement du vriendenaandeel. Le crowdlending suit la même ligne de pensée. J'aime l'idée d'un groupe de personnes qui mettent tout leur soutien ensemble derrière un projet, dans une entreprise à laquelle ils croient. J'ai déjà vu de nombreuses initiatives sociétales qui ont été lancées de cette manière, je pense par exemple aux initiatives visant à encourager l’autonomie pour les personnes handicapées. Nous voyons maintenant que les gens misent effectivement sur des prêts Winwin, sur le crowdlending. C'est une histoire à laquelle beaucoup de gens aiment faire partie. Une belle histoire ! Surtout si les particuliers sont bien informés et conscients des risques. Parce qu' investir dans les entreprises, c'est toujours prendre un peu de risque, on ne peut pas éviter cela et l’investisseur particulier doit en être conscient.

 

Look&Fin : Il y a plus de 600 000 PME en Flandre, dont beaucoup sont affectées par la situation actuelle. Y a-t-il un message que vous souhaiteriez faire passer aux dirigeants de ces entreprises ?

Hilde Crevits : Nous sommes sur la bonne voie pour sortir de cette crise sanitaire mais la persévérance est plus que jamais de mise pour cette dernière ligne droite avant de pouvoir revivre dans la normalité ! 

Aussi, je voudrais lancer un appel spécifique aux entrepreneurs qui vivent encore une période très difficile, tant au niveau financier que psychologique : accepter notre aide. 

Je comprends parfaitement que les circonstances soient difficiles et que cela puisse générer beaucoup de frustrations. Je vois aussi que les entrepreneurs sont naturellement fiers et préfèrent résoudre les problèmes eux-mêmes. Mais je voudrais leur conseiller d’aller chercher le soutien mis à leur disposition si c’est nécessaire. 

Avec VLAIO, je travaille en étroite collaboration avec Dyzo vzw. Leur métier est d'accompagner les entrepreneurs en difficulté en leur proposant des services sur mesure. Par exemple, nous nous efforçons de convaincre le plus de collectivités locales de collaborer davantage avec Dyzo vzw, afin de toucher encore plus d'entrepreneurs. Ma main et celle de tout le Gouvernement flamand restent tendues. Nous ne laisserons personne seul. Nous voulons et nous allons sortir nos entrepreneurs et nos PME flamandes de cette crise. Le prêt redémarrage développé notamment pour les magasins de vêtements et les acteurs de la restauration, les avances remboursables pour les organisateurs d'événements… et les nombreuses solutions de financement via PMV en sont des exemples concrets.

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